Jean-François Réant, designer – Interview

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Comment avez-vous débuté en tant que designer ?

On ne devient pas designer, c’est inné. On est au plus profond de soi fasciné par les matériaux, par l’objet. J’ai réalisé mes premières pièces en tant que designer à Lille dans mon atelier. Je fabriquais des objets et décors surdimensionnés de façades (Givenchy, Kenzo, Guerlain…) et des décors en série pour des chaînes de magasins (Lancel, Maison du chocolat, Promod…)

J’ai recherché et j’ai travaillé divers matériaux dont le PVC qui se transforme en le chauffant, se plie, se thermoforme, se soude. La forme du tube m’a littéralement fascinée, entre autre pour ses caractéristiques. Le PVC n’a, dans notre monde, qu’une place relative, il m’a très vite semblé évident de le sublimer, de le transformer, de le colorer, de le modeler… de le rendre sensuel, vivant et gai ! Je l’utilise pour en faire des pièces uniques de design : chaise, table, lampe…

Quels sont les designers qui vous ont influencé ?

Tous et personne à la fois. En réalité, je ne peux pas dire avoir été influencé par un designer en particulier. L’influence est partout, dans la lecture, le regard, les états d’âme, les voyages… Ce sont plus des détails, des couleurs que j’ai pu voir ou ressentir dans certains lieux que je réadapte dans mon travail. Ce qui m’inspire réellement c’est le défi de faire des créations que personne n’a encore imaginées et réalisées.

Quel est votre mode de création ? Comment trouvez-vous l’inspiration ?

Mon mode de création est fatigant ! Il me suffit de voyager en train par exemple et de regarder le mobilier qui le compose pour le réinterpréter. Cette envie de vouloir tout transformer, les objets et l’espace, est omniprésente. Je suis très inspiré par ce qui est gai, coloré, qui accroche le regard, tout ce qui procure une sensation, une émotion, qui surprend agréablement. Il peut me suffire d’observer la chute d’une pierre dans l’eau pour m’inspirer et reproduire ces ondulations et répétitions dans une contor-pression.

Pouvez-vous revenir sur votre technique qui allie torsion et compression ?

Le tube PVC ramollit à une certaine température. En fonction du degré et du temps de chauffe, on arrive à des formes différentes. J’utilise différentes techniques pour créer la torsion et la compression en fonction de la taille des tubes et de leur épaisseur : techniques à l’aide d’air puisé, air ambiant, par immersion ou par chalumeaux. Je travaille avec des combinaisons spécifiques pour me protéger de la chaleur émise par la matière chauffée. J’utilise plusieurs parties de mon corps pour donner forme au PVC. C’est un travail qui doit être effectué rapidement car la matière ne reste malléable qu’un certain temps. Je travaille donc avec des croquis et des maquettes pour avoir une idée précise tout en laissant une part d’improvisation pour certaines œuvres. Les formes faites, et après un long travail de préparation, je les sublime par une peinture de carrosserie. Ma technique est celle de la contorsion et de la compression. De là est né le terme de contor-pression.

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Travaillez-vous aussi bien pour des espaces privés que publics ?

Je travaille habituellement pour des espaces privés. J’ai notamment réalisé pour des producteurs de télévision leur décor et mobilier de plateau mais également les bureaux du magazine Marie Claire dans le Nord de la France, ainsi que quelques agencements de boutique et de villas. En ce qui concerne les espaces publics, qui sont souvent source d’inspiration, il ne s’agit pour l’instant que de projets, de type land art.

Vous étiez présent à Art Paris Art Fair. Cet événement a-t-il été un bon moyen de vous faire connaître ?

J’étais effectivement présent à Art Paris sur les stands de deux galeries : AD Galerie et Pecheskyi Gallery de Moscou. J’ai eu de nombreux contacts de collectionneurs mais également de professionnels tels que des restaurateurs, une agence spécialisée dans l’art monumental pour un programme immobilier, qui ont pu se renseigner pour leur mobilier. J’ai rencontré un marchand d’art anglais qui a été très intéressé par mon travail. Il me propose de mettre une pièce pour la présenter en octobre prochain en vente aux enchères chez Sotheby’s. Cet événement a donc été très important pour moi, sans parler de la sensation d’être présent dans ce bâtiment historique et majestueux aux ondes magiques.

Pouvez-vous nous en dire plus sur vos futurs projets ?

J’en ai plusieurs, dont exposer à l’étranger… J’ai un important projet qui concernerait l’aménagement extérieur d’un lieu public très connu sur Paris. Cela m’a été proposé par Jean-Claude Francolon, ancien grand-reporter et PDG de l’agence Gamma, grand amateur d’art. Il a soumis l’idée à une fondation mais nous attendons toujours les autorisations pour que cela puisse se réaliser. Nous souhaiterions créer une installation sur plusieurs centaines de mètres carrés dans Paris qui aurait pour thème la reforestation. Je ne peux malheureusement pas en dire plus pour le moment…

Comment vous projetez-vous dans le futur ?

Je me projette dans le futur avec optimisme. « À cœur vaillant, rien d’impossible ». Ce dicton résume parfaitement ma manière de penser. Je suis très intéressé par différentes foires aux États-Unis. Je me suis récemment rendu à Art Basel Hong Kong. C’est un pays passionnant car il est en train de connaître une véritable explosion au niveau de l’art contemporain. Le design reste pour le moment quasi inexistant mais ne devrait pas tarder à connaître une belle percée.

– Article paru dans le magazine Luxe Immo, 2013 –