Jean-François Réant Designer-Plasticien

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« Ce qui me motive ? Mettre l’art en scène et en œuvre »
Vivre de son art… Une belle gageure à laquelle bien des vocations d’artiste ne survivent pas.
Jean-François Réant a tranché. Un jour, il a décidé qu’il pouvait le faire et a créé son entreprise. Grâce à celle-ci, il a su imposer son regard, ses inspirations : créer un courant.
Entre design, événement artistique, happening culturel, Jean-François Réant est devenu un des artistes les plus en vue de sa génération.

Jean-François Réant a derrière lui ce parcours sinueux qui est souvent la marque de fabrique des vrais artistes. Né à Hazebrouck il y a à peine 28 ans, il a arrêté l’école à 16 ans. Motif: incompatibilité avec les programmes basiques de l’enseignement général. C’est son professeur de dessin de l’époque qui détectera le premier le talent qui sommeille en Jean-François. « Cet homme là a décidé, envers et contre tous, de convoquer mes parents pour leur expliquer ce qu’il pensait de moi. Il a pris beaucoup de risques vis à vis du corps enseignant de l’école privée ou j’étais pour dire à mes parents qu’il fallait absolument m’envoyer ailleurs, où je pourrais vraiment m’épanouir. C’est ainsi que sur les conseils du prof, les parents de J-F décident d’envoyer leur rejeton à St-Luc, à Tournai.

Apprend-on à devenir artiste ?
Mais à St Luc, le futur Designer ne s’épanouit pas.  « J’avais l’esprit trop artistique pour cette école de réalisation graphique. Sur place, les professeurs ont encore bien compris que je ne m’épanouissais pas. Ils m’ont donc conseillé d’aller plutôt carrément faire les beaux arts ». Dont acte. Certes, l’enseignement qu’il y recevra sera plus proche de ses centres d’intérêt … Mais voilà. L’esprit des beaux arts ne lui convient pas. Il s’y sent trop jeune, ne parvient pas à s’accorder avec ses nouveaux collègues, ni à s’intéresser à ce qu’on lui enseigne. «Encore aujourd’hui, je suis un ignare en art. Je ne connais pratiquement rien à l’histoire, aux courants. Je continue de fuir les vernissages et autres réunions protocolaires…Tout ça me semble si éloigné de mes centres d’intérêt». De fait, Jean-François Réant travaille sans compromis autour de ses centres d’intérêt à lui. Ce qu’il crée, c’est ce qu’il sent : Pas ce qu’on lui a appris. Certes, il aura glané, au gré du sinueux parcours de ses études, un certain nombre de. savoirs-faire. Mais ces connaissances toutes techniques ne lui seront utiles que pour mieux développer sa propre inspiration.

Un adepte des volumes démesurés
A la sortie de son service militaire (évidemment aussi « accidenté » que le début de son parcours), Jean-François décidera de se prendre en main, de se lancer vraiment, et même mieux : de vivre de ce qui l’anime. C’est ainsi qu’il se retrouvera au Touquet, dans un atelier gracieusement mis à sa disposition (un ami plein de confiance en lui), où il commencera sa carrière en tachant de mettre en pratique ses connaissances graphiques et artistiques. Il réalisera des Lettrages et autres « crobarts » pour les commerçants. Pour quiconque d’autre que lui, cette activité n’aurait été qu’un pis-aller… Mais Jean-François Réant au contraire y trouvera un formidable terrain d’expérimentation où développer son sens du volume, des formes, de la plastique. Après un passage de deux années dans une agence de publicité, il décide il y a deux ans de créer sa propre entreprise pour s’y consacrer à ce qui le passionne : l’espace et ce qui le fait fonctionner…Il devient alors le spécialiste des trompe-l’oeil, des décors de façade, tantôt en peignant des fresques de plusieurs centaines de mètres carrés, tantôt en agrémentant les boutiques de Lille de gigantesques noeuds de rubans. Son inspiration est son seul moteur, et il entend bien en explorer tous les méandres. Ainsi, il continuera de chercher sans cessede nouvelles applications à son inextinguible inspiration en repensant l’espace intérieur et le mobilier, en créant tables, chaises, lampes et autres, dans un esprit et avec des matériaux qui lui sont propres. Le résultat ne tardera pas à se transformer en réel succès d’estime, puis en succès tout court. Il utilise des matériaux auxquels personne avant lui n’avait pu trouver de telles applications : le plexi, le PVC, l’aluminium, l’audace des couleurs, des formes… Le succès del Jean-François Réant, jeune artiste régional duquel on attend beaucoup, réside surtout dans un « détail » : il tient avant tout à rester maître de lui-même et de ses inspirations.

Jean~Chartes Verhaeghe

– Article paru dans la voix, décembre 1994 –